Le dernier Bakou – 31

Le dernier Bakou – 31

Azyolh découvrait le Pays Au-Delà des Mers. Il avait beaucoup voyagé, mais jamais jusqu’à ce chapelet d’îles exotiques. Albert avait bien choisi son lieu de retraite, le plus sauvage et le moins peuplé des pays d’Uhnythais.

Il avait élu domicile sur l’île de Piros, dominée par le Mont Scanthi. Le demi-sommeil du volcan déroutait toutes les statistiques. Ses sautes d’humeur régulières et spectaculaires avaient modelé pendant des millénaires la physionomie de l’île. Mais sa dernière éruption datait de presque un siècle. Azyolh s’interrogea sur la période d’arrivée d’Albert. La coïncidence l’amusait. Troscath, la capitale audalaise, s’étalait à l’embouchure du Trosseth. Que cette vue l’apaisait !

Albert modifiait l’agencement de son bureau pour accueillir Tiribath, ou ce qu’il en restait. Il s’occupait l’esprit à des choses pratiques. Les Essentiels savaient qu’il n’avait aucune idée de comment s’y prendre. Il était dévasté d’être arrivé trop tard et d’ignorer comment agir, malgré toutes ses connaissances et celles de son père. De temps à autre, il avait une pensée pour Norula. Le polymorphe leur avait permis de dégager la souche du Balibab sans que les hommes se doutent de rien. Il espérait seulement qu’il avait pu partir à temps. Au moment où il revenait vers Azyolh, à l’entrée de la grotte, il sentit une présence. Une présence qu’il connaissait, bientôt suivie par d’autres. Mahira ? Quel évènement aurait provoqué sa venue ? Quelque chose n’allait pas. Il se précipita vers la maison, située en contrebas. Il appréhendait ce qu’il allait découvrir. Cela ne pouvait concerner que Bob. Pourrait-il distinguer combien de personnes se trouvaient là ? Peu importe. Une seule comptait. Son fils. Robert.

Lorsqu’il entra, Mahira se tenait dans son salon avec trois gaillards de tailles diverses autour d’un lit. La vue de Bob allongé le glaça. Il remarqua la trace grise qui s’étendait sur son cou. Elle évoluait, lentement mais fermement, il vivait. Il ferma les yeux, soulagé qu’Harkanh se soit trompé. Bob n’était pas mort à Ahrmonnhyah. Mais ce qui lui arrivait… Tous s’étaient fourvoyés. Ils attendaient l’héritière de Taolinh, mais la lignée avait choisi un homme. Ne sachant s’il devait s’en réjouir ou le déplorer, il pria avec ferveur. Les Sept Essentiels, les anciens dieux audalais, tous les amis qu’il avait eus autrefois, le cœur d’Uhnythais et tous ceux qui voudraient bien aider cet enfant. Un enfant qui n’était pas le sien.

Lorsqu’il rouvrit les yeux, le regard clair de Mahira le sondait. Un regard bienveillant. Il avait toujours aimé sa capacité à voir le meilleur chez les autres et à attendre qu’il se montre. Il remarqua sa ressemblance avec les dieux qui l’entouraient. Sans doute ses fils. L’un d’eux semblait impatient.

« Qui êtes-vous ? » Albert sourit. « Je suis Albert. » Le père de Bob. Rashta n’en revenait pas. Il ne correspondait pas du tout à l’image qu’il en avait. Il aurait dû deviner que Mahira les amènerait ici. Elle reprit la parole.

« Je pense que tu as des choses à nous dire. Nous nous inquiétons pour ton fils et si j’en crois ta tête, nous avons des raisons de l’être. Nous ne partirons pas d’ici sans une explication convaincante. » Le sourire d’Albert s’agrandit. Après des siècles d’isolement, voilà qu’il retrouvait à la fois son père et une vieille amie. Quelle meilleure compagnie pour sauver le monde ?

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