Le dernier Bakou – 30

Le dernier Bakou – 30

Le voile nocturne commençait à s’installer. L’anneau Sourcylien serait bientôt plongé dans le noir. Leur excursion sur l’Ile Perdue avait duré plus longtemps que prévu. Autant pour la discrétion. À l’heure qu’il était, leur absence avait sans doute été remarquée et ils en subiraient les conséquences.
Mais c’était bien le moindre de ses soucis. Bob avait perdu connaissance pendant le voyage. Il devait trouver de l’aide. Cela dépassait largement le cadre de ses compétences. Mais auprès de qui ? Qu’arrivait-il à Bob ? 

« Ton ami n’est pas malade. Il s’agit d’une évolution normale pour son espèce. »

Tarnyth ? « De quelle espèce parlez-vous ? Ahrmonnhyah est l’université des dieux, et Bob en est un. Il n’y a aucun mystère là-dessous.

— Vraiment ? Alors que lui arrive-t-il ? » L’amusement de Tarnyth poussa Rashta à réfléchir. Il n’avait jamais vu un dieu malade comme Bob, ni malade tout court d’ailleurs. Et cette année, les êtres de magie partageaient leur cursus.

« Ce n’était pas un hasard.

— En effet. Le jeu bifurque ici. Il y a trop de possibilités et pas assez de joueurs. Des prochaines semaines dépendra l’avenir du monde que nous connaissons.

— Et pour Bob ?

— Je ne sais comment l’aider.  

— Mais quelqu’un doit bien pouvoir le faire ? Vous ne pouvez pas le laisser comme ça ! » Au moment où Rashta prononça les mots, il se demanda s’il n’était pas allé trop loin.

La réponse ne le rassura qu’à moitié. « Non, mais je ne sais plus à qui me fier. La situation s’assombrit. Je croyais… Le jeu vacille et plus rien ne subsiste où nous l’attendons. Je dois réfléchir, mais le temps nous dépasse. Garder Bob en sécurité est primordial. Rien n’est plus important que sa vie et le secret de sa transformation. »

Et elle était partie. Bob n’avait pas repris connaissance. Il ne pouvait ni le laisser ici ni le ramener dans la tente. La méfiance de Tarnyth renforçait sa propre vigilance. Au moment où il hésitait sur la conduite à tenir, une évidence s’imposa. Il ne pouvait agir seul mais il savait à qui se fier. À peine le temps d’une pensée, et Alitt et Taki se trouvaient à ses côtés.

« Qu’as-tu fait à Bob ? » L’accusation portée par Alitt heurta Rashta comme une gifle. Voyant son aîné se renfrogner, le géant reformula. « Que s’est-il passé ? Où étiez-vous ? Tout le monde vous a cherché.

— Qu’a Bob ? » Comme souvent, Taki allait droit au but.

« Je ne sais pas.

— Il lui faut de l’aide. » Alitt partait vers les bureaux d’Essaly.

« Non. Nous ne pouvons en parler à personne.

— Pourquoi ? » Taki réfléchissait. Rashta s’agaça. « Puisque c’est ça, je me débrouillerai. 

— Que se passe-t-il ici ? » Mahira avait senti la tension entre ses fils. Ce n’était pas la première fois qu’elle intervenait dans un désaccord, mais elle ne s’attendait pas à voir Bob. Elle se pencha vers lui. « Que lui arrive-t-il ?

— J’espérais que tu le saurais. » Rashta poursuivit. « Nous sommes allés sur l’Ile Perdue cet après-midi.

— L’Ile Perdue ? Mais pourquoi ? » Alitt était incrédule. « C’est une longue histoire. D’ailleurs tu as failli participer à l’aventure.

— Moi ?

— Mais tu avais cours avec Dakhtassi, alors…

— Rashta concentre-toi veux-tu ? Qu’est-il arrivé à Bob ?

— Je ne sais pas. Il avait une tâche sur le poignet avant que nous partions d’Ahrmonnhyah mais elle s’est étendue. Regarde. » Il écarta le col de chemise de son ami. La trace grise remontait jusqu’au cou. « Tarnyth a dit…

— Tu as parlé à Tarnyth ? » Taki n’en croyait pas ses oreilles.

« Laisse parler ton frère s’il te plaît. Qu’a dit l’Essentielle Rashta ?

— Il s’agit d’une évolution normale pour son espèce. Quoi que cela veuille dire. » Mahira réfléchissait. Elle ne détenait aucune réponse. « Essaly doit le voir.

— Non. 

— Pardon ?

— Tarnyth a été très claire. Je ne sais pas ce qui se passe, mais c’est important et nous ne devons pas en parler. À personne. Nous devons lui trouver un abri au calme et je resterais avec lui. »

Mahira envisagea les choses sous un autre angle. Elle connaissait un endroit où Bob pouvait se réfugier. « Très bien. » Elle considéra ses trois fils. « Vous vous relaierez auprès de Bob avec Rashta tant qu’il n’ira pas mieux.

— Mais…

— Je m’occuperai de l’université. Veillez sur votre ami. Suivez-moi. »

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