Le dernier Bakou – 17

Le dernier Bakou – 17

Bob découvrit Rashta qui l’attendait au pied des tentes. Il devait être là depuis longtemps s’il se fiait à l’herbe foulée en cercles plus ou moins concentriques.

« Que fais-tu là ? » Bob se surprit lui-même à entamer ainsi la conversation.

« Et toi ? » Un partout. Il ne fallait pas compter sur Rashta pour se laisser distancer au jeu de qui parlera le dernier.

« Je suis allé voir Cristobath. 

– Je vois. » La franchise de Bob avait pris Rashta de court. C’était la deuxième fois que cela arrivait, il ne faudrait pas que ça devienne une habitude. « Tu avais peut-être des questions à lui poser ?

– En quelque sorte. » Sentant la réserve de son camarade, le fils de Mahira changea de stratégie. « A-t-il au moins répondu à tes interrogations ?

– En partie. » Décidément, ce garçon n’était pas bavard. « Et si tu me disais ce que tu cherches ? »

Bob hésita. Pour être franc, Rashta était sans doute l’une des dernières personnes à qui il serait venu se confier. Et pourtant. Ce soir il était là, et ses questions n’avaient rien de la gouaille moqueuse qu’il montrait en public. Après tout, ce n’était pas comme s’il avait une alternative. Alitt avait déjà été très présent, mais plus ils se connaissaient et plus Bob était intimidé. Son ami avait déjà tant vu et tant fait. Rashta possédait sans doute un curriculum aussi étoffé que celui de son frère, mais tant qu’il l’ignorait, cela n’affectait pas Bob de la même manière.

« J’aimerai découvrir l’anneau Sourcylien. » Et une surprise de plus.

« Mais c’est là que nous vivons Bob, que voudrais-tu savoir de plus ? Nous y avons passé toute notre jeunesse. 

– Pas moi. » Comment ça, pas lui ?

« Tous les dieux vivent sur l’anneau.

– Apparemment non. A moins que mon père ne soit pas un dieu après tout. » Au moment où il le formulait, Bob en imagina la possibilité. Et si son père n’était qu’un imposteur ? Un humain qui érigerait en dogme des centaines de lois rigides et absurdes pour empêcher les autres de découvrir sa supercherie ?

«  Si ton père est bien Albert, alors oui, c’est un dieu. Absolument.

– Tu l’as déjà rencontré ?

– Pas directement, mais je sais qu’il a étudié avec ma mère et qu’ils étaient amis autrefois. » Rashta recentra la conversation sur ce qui l’intriguait. « Où viviez-vous si ce n’était pas sur l’anneau ?

– A Piros, sur les pentes du Mont Scanthi. » Une île et un volcan. Un choix surprenant, même pour un dieu.

« Mais tu n’as jamais voyagé ? Tu n’es jamais venu sur l’anneau ?

-Non. » En y réfléchissant, Rashta n’avait jamais vu Bob et rarement son père. Il n’était pas impossible qu’ils aient vécu ici sans qu’il les rencontre, puisque l’anneau faisait dix-huit mille kilomètres de périphérie, mais le monde des dieux est un univers miniature, et personne ne reste à l’écart pendant aussi longtemps. « Je n’ai jamais quitté le Pays Au-Delà des Mers. »

Revenant à son idée de départ, Rashta lui demanda. « Que veux-tu voir ?  Je connais cet endroit depuis que je suis petit, et je ne sais pas ce qui peut intéresser un étranger. Sans vouloir te froisser.

– Ne t’inquiète pas. Ce que j’aimerai ? Découvrir l’autre face de l’anneau, les villes à cheval, le goulot. Tout.»

Rashta réfléchit un instant. Ils pouvaient aller n’importe où sur l’anneau en une micro seconde. Tout était possible jusqu’au matin, et il savait par où commencer. « Si tu viens d’une île, tu sais nager, n’est-ce pas ? » Sans attendre de réponse, Rashta attrapa le bras de Bob pour sa première immersion dans l’univers de l’anneau Sourcylien.

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