Le dernier Bakou – 113

Le dernier Bakou – 113

Tarnyth avait un planning chargé. D’après ses calculs, il ne restait plus que quelques heures avant que le dernier Bakou d’Uhnythais ne soit en pleine possession de ses pouvoirs et qu’il puisse enfin régénérer le cœur magique de la planète. Elle avait cinq suspects de haut vol dans cette affaire, et aucun droit à l’erreur.

Elle avait soigneusement planifié ses pièges. Elle s’était laissé deux heures entre chaque traquenard. La première pour vérifier si le suspect attendu se présentait, et une avance pour le rendez-vous suivant afin d’être parée à toute éventualité. Elle patientait déjà depuis trente minutes sur le parvis d’Ahrmonnhyah. Les élèves avaient bien travaillé. Les bâtiments qui s’étendaient sur le campus étaient remarquables. Intégrer d’autres étudiants s’était révélé fructueux. Profiter d’un nouvel élan, d’une vision différente. Elle était chagrinée de ne voir personne. Shinso paraissait être le candidat parfait. Trop centré sur sa personne pour qu’on puisse l’identifier comme une menace. Excellent stratège. Intelligent. Mais son absence ici ne signifiait qu’une chose, il n’avait rien à voir dans toute cette histoire.

Elle prévint Mahira et Taki qui patientaient un peu plus loin. Elle n’avait pas voulu se lancer dans cette aventure sans soutien. La déesse des Trois Provinces avait maintes fois fait preuve de sa loyauté envers Uhnythais et Tarnyth lui faisait entièrement confiance. Ils resteraient sur l’Anneau Sourcylien, de manière à ne pas attirer l’attention, mais ils se tenaient prêts à intervenir en cas de besoin. Tarnyth se rendit à Koundira. Elle avait classé les Essentiels du plus probable au moins vraisemblable. Elle espérait bien avoir résolu cette affaire dans les prochaines heures. Il y avait longtemps qu’elle n’avait pas mis les pattes en Karylie. L’estuaire du Fleuve Bleu sur la Mer Intérieure avait changé. Le Reflux donnait à cet endroit une ambiance particulière qu’elle avait toujours aimée. Pas étonnant que les Uhnytiens appellent cette province le jardin des délices.

« Si j’étais vous, je ne perdrais pas mon temps ici. » Tarnyth se retourna brusquement. Qui l’interpellait ainsi ? Personne ne savait qu’elle était là. « J’ai moi aussi des informateurs Tarnyth. Presque aussi bons que les vôtres. » Le chat qui lui faisait face se léchait les pattes avec application. Bibbalyl. Il avait toujours été attaché à son apparence. « Que fais-tu là ?

— J’ai un marché à vous proposer. » Tiens donc.

« Je t’écoute.

— Je sais qui est le Maître.

— Pourquoi ne suis-je pas surprise ? Et alors ?

— Alors » le félin s’interrompit pour changer de patte « je peux vous faire gagner du temps.

— Je saurai qui il est sans tarder.

— Mm. » Qu’il était agaçant avec ses petits coups de langue ! « Mais il sera peut-être trop tard pour certains joueurs.

— Que veux-tu dire ? » Malgré ses défauts, il avait toujours eu du flair.

— Le Maître n’est pas celui que vous croyez. Et il a de l’avance sur vous. Vous ne devriez pas perdre votre temps ici.

— Qui me dit que tu n’es pas en train de me manipuler pour sauver ton Maître ?

— Rien. » Le chat sourit. « C’est toute la beauté de la chose. Vous pouvez choisir de me faire confiance, ou pas. À vous de voir. Mais vous auriez dû vérifier que la voie était libre avant de placer vos pièges.

— Que veux-tu dire ?

— La petite fille de Taolinh s’y trouve aussi. »

Tarnyth le dévisagea, interdite. Il ne pouvait pas dire vrai. C’était impossible. Et pourtant… S’il avait raison, elle n’avait pas une minute à perdre. Comment avait-elle pu mettre en danger l’un de ses joueurs ! Il n’y avait qu’un moyen de savoir. « Où se trouve-t-il ? » Bibbalyl l’observa. « Vous ne voulez pas savoir ce que je veux en échange ?

— Que veux-tu ?

— L’immunité.

— Rien que ça. Je ne peux rien te garantir. Tout dépend de la situation. Mais je te promets d’intervenir en ton sens.

— Madame est trop bonne. » Il la regarda dans les yeux. « Santhama. » Il voulait voir comment elle prendrait la nouvelle, et il ne fut pas déçu. Le choc était total. Rien ne l’avait préparée à ça.

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