Le dernier Bakou – 111

Le dernier Bakou – 111

Azyolh faisait le compte.

Bob, Alitt, Rashta, Albert, le Gardien, Anthary, Norula et Xilistt. Ils étaient neuf. Les survivants de l’attaque de Gialith. Il esquissa un sourire. Pas plus ce jour-là que maintenant, la composition du groupe n’était un hasard. Deux humains, quatre dieux, deux êtres de magie et un Bakou. À cette étape de leur périple, une seule chose demeurait certaine. Un représentant de chaque espèce devrait accompagner Bob jusqu’au bout.

Azyolh s’inquiétait.

Chacun de ces êtres avait ses qualités et ses valeurs, et tous avaient pris une place dans son cœur. Il avait vu tellement d’amis quitter ce monde. Il était fatigué des adieux. Retrouver Albert avait été une grande joie, mais elle n’effaçait pas la mort de Rawilh. Il soupira. Des hauts et des bas. Des peines et des joies. La vie et la mort. Le début et la fin du cycle. La fin de la partie approchait pour lui. Cela était bien. Il avait revu son fils et apprécié qui il était. Il dévisagea une dernière fois tous ses compagnons. Le Gardien conservait le silence, mais Azyolh le sentait attentif. Il fallait que la décision vienne de lui.

Azyolh savait ce qu’il avait à faire depuis la mort de Rawilh. Ce devait être lui. Le lien qu’il avait tissé avec Xilistt pendant leur séjour au refuge facilitait les choses. Il était temps de diffuser les informations. Ce que Xilistt avait trouvé pendant ses années sous couverture, et les éléments d’Anthary. Tout devait être partagé au grand jour. Utiliser les structures judiciaires humaines ainsi que les médias indépendants. La liste était interminable. Azyolh avait recensé pas moins de dix-sept quotidiens sur le réseau axial avec l’aide du journaliste. Ils avaient longuement parlé. Anthary avait eu du mal à accepter que ses informations soient diffusées par d’autres. Azyolh avait laissé le chemin se faire. La recherche de gloire était avant tout un besoin de reconnaissance. Regardez comme j’ai bien travaillé. C’est grâce à moi que vous savez. Ensuite était venue l’exigence de vérité. J’ai raison. Voyez comme on vous a menti. Enfin, la nécessité du partage. Peu importe qui diffuse le message. Le principal est qu’il soit entendu, le plus largement possible.

Azyolh prit la parole. « Il est temps que l’ensemble du monde sache que la magie existe. Nous devons agir avant que les Balibabs ne montent l’humanité contre nous. »

Albert acquiesça. « C’est aussi ce que je crains depuis qu’ils sont partis. Comment veux-tu procéder ?

— Je vais faire la tournée des grands-ducs avec Xilistt.

— Moi ? Mais Antha…

— Non. » À sa grande surprise, le mot était sorti sans effort. Anthary jeta un coup d’œil à Azyolh, il lui souriait. Ainsi c’était ça. L’acceptation. Tout à coup, le choix de Xilistt était évident. Il avait ses ouvertures dans les milieux judiciaires. Il était à moitié magique avec son ascendance bakoue. Et, last but not least, c’était un type bien. « Tu seras parfait. Tout le monde te connaît déjà grâce au WNI. Tu es à l’aise devant les caméras et tu connais le dessous des cartes. Il… il paraît que j’ai autre chose à faire, même si je n’ai aucune idée de ce que c’est ! » Il finit sa phrase dans un éclat de rire. C’était la première fois que ça lui arrivait. De suivre le mouvement sans avoir le moindre indice quant à l’objectif. Enfin si, finalement, l’objectif était clair. Garder Bob en vie et aider tous les uhnytiens à vivre en paix. Pour Bob, ça avait l’air d’aller. Il fallait juste éviter les mauvaises rencontres. Quant aux uhnytiens, Azyolh et Xilistt allaient commencer le travail. Ils avaient juste besoin d’être plus rapides qu’une horde d’arbres déracinés et fous de douleur. Le rire remontait. Dire qu’il avait eu peur dans ce baratan de Tavaly. Peur d’être licencié. De gros bras qui lui casseraient la gueule. Qui détruiraient son matériel. Et maintenant, il avait des amis qui traversaient le monde sur un claquement de doigts, des préoccupations de super héros et une fâcheuse tendance à discuter avec les animaux les plus improbables qui croisaient son chemin.

Le rire communicatif d’Anthary avait fait le tour du groupe. La situation était inchangée, mais la chaleur d’un moment partagé avait raffermi les résolutions.

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