Le dernier Bakou – 103

Le dernier Bakou – 103

L’arrivée d’Azyolh et de Xilistt avait pris Anthary par surprise. Concentré sur son téléphone, il avait relevé le nez pour parler au polymorphe et s’était retrouvé face à son ami d’enfance. Il avait failli en tomber à la renverse, rattrapé par Azyolh. Il le remercia tout en se disant que le vieil homme cachait bien son jeu. Il avait une poigne de fer sous un aspect maigrichon. Il donna une accolade à Xilistt.

« Que faites-vous là ? Tout le monde se demandait où vous étiez. » Il passa la tête à droite et à gauche, cherchant quelqu’un. « Rawilh n’est pas avec vous ? » Azyolh avait tenté d’arrêter Anthary, mais le journaliste n’avait pas vu ses dénégations. « Elle… je… » Les larmes de Xilistt le prirent par surprise. Il l’entoura de ses bras, ne sachant quoi faire d’autre. Azyolh expliqua. « Elle a été gravement blessée pendant les explosions. Nous n’avons rien pu faire. »

Norula s’approcha du Veilleur de l’Eau. « Où étiez-vous ? Nous ne vous avons pas vu chez Albert.

— Non. Entre ma blessure et celle de Rawilh, je n’ai pas pu nous transporter aussi loin. Nous sommes allés au Refuge de la Forêt des Anciens. Et de votre côté ? Tout le monde va bien ?

— Oui. Nous nous sommes tous retrouvés chez Albert comme prévu.

— Où sont les autres ?

— Toujours là-bas, j’imagine.

— Non. Nous y sommes passés mais il n’y avait plus personne.

— Alors je n’en sais rien. Tarnyth nous a conseillé de venir ici pour aider les Balibabs et c’est ce que nous avons fait, mais je ne vois pas trop par où commencer. Et vous ?

— Tiribath nous a donné une de ses branches pour Bob. Ne m’en demande pas plus. J’espérais qu’il saurait quoi en faire. » Une apparition fracassante l’empêcha d’aller plus loin. En un instant, Bob, Albert, Alitt, Rashta, le Gardien, un autre individu et un Balibab étaient arrivés sur le plateau. L’inconnu se précipita vers Xilistt qui tenait toujours la branche de Tiribath. « Vous devez m’aider. Faribath ne peut pas parler directement aux Balibabs. Il a été banni de son peuple et ne peut plus communiquer avec eux. Nous devons servir d’intermédiaire.

— Vous faites erreur. Je ne sais pas comment faire.

— Mais vous avez la branche des Bakoues, n’est-ce pas ?

— Oui. Mais elle n’est pas pour moi. » Kirbann s’arrêta. Comment faire ? Il voyait distinctement ce qui était nécessaire, mais il ne pouvait pas agir. Il se tourna vers les autres. « Les Balibabs doivent entrer en contact avec cette branche. Je sais que c’est essentiel, mais je ne peux pas la toucher. 

— Elle est pour vous. » Xilistt s’approchait de Bob pour la lui donner, quand quelque chose heurta son dos. Il se retourna, lançant un « Eh ! Ça va pas non ?! » pour se retrouver face au Gardien, bien campé sur ses courtes pattes. « Pas maintenant. Trop tôt. Beaucoup trop tôt. Vous garder bâton. Vous faire ce que lui vouloir. » Il indiquait Kirbann. « Vous être Lignée. Vous porter branche. » Déconcerté, Xilistt hésitait. « Maintenant ! Vous pas attendre ! Vous aller ! » Le jeune homme se hâta vers l’inconnu qui avait déjà atteint la lisière du bosquet.

« Il nous suffit de toucher l’un des Balibabs pour que l’information leur parvienne à tous. Aïe ! » Le Balibab le plus proche venait de lui asséner un coup sur la tête. Kirbann se frottait le crâne. « Nous sommes ici pour vous aider ! Gardez vos coups pour les bûcherons qui vous découperont en morceaux !

— Vous n’êtes pas les bienvenus. Faribath a été isolé et vous présenter à nous en sa présence signifie que vous êtes des visiteurs indésirables.

— Vous préférez subir le sort de Tiribath ? Nous sommes votre seule alternative. » Albert s’était approché. « Écoutez au moins ce qu’il a à dire.

— Faribath a trahi la confiance de notre peuple.

— Et si aujourd’hui il pouvait vous sauver ? Vous refuseriez quand même ? Où est la sagesse des Balibabs ? Bel exemple de pardon ! Combien d’années se sont écoulées ? Combien de siècles ? Et vous rejetez ce qui peut vous protéger ? » Bob venait de rattraper Albert qui esquivait les branches des Balibabs agacés par sa tirade. « Papa, je t’en prie. Laisse-moi essayer. » Albert haussa les épaules et recula. Bob s’approcha du Balibab.

« Cette branche est celle de Tiribath. Il a fait don de son bois mort pour moi. Pour le nouveau Bakou d’Uhnythais, si les dieux me prêtent vie jusqu’à la fin de la transformation et après. En touchant le bois de Tiribath, vous n’enfreindrez aucune loi de votre peuple. Faribath nous a accompagnés à notre demande pour que vous puissiez constater par vous-mêmes qu’il est possible pour les Balibabs de reprendre la route. Si vous le souhaitez, il partagera avec vous ses connaissances pour vous permettre de quitter le plateau. Je vous en prie. Être le nouveau Bakou d’Uhnythais n’a aucun sens si les êtres de magie et les Balibabs n’existent plus. »

Albert était soulagé. Le discours de Bob avait apaisé le peuple des arbres. Ils semblaient converser entre eux. L’attente était insoutenable. Puis l’un d’eux reprit.

« Très bien. Nous acceptons de toucher la branche de Tiribath. Que le garçon s’approche. » Xilistt avança vers les Balibabs, peu rassuré. Il posa la branche contre le tronc du premier et recula. Un ouragan sembla parcourir le bosquet. Branches et feuilles volaient dans tous les sens. Dieux, humains et polymorphes reculèrent avec précipitation. Bob s’apprêtait à aller retirer la branche quand son père l’arrêta.

« Non. Laisse-les découvrir ce que Tiribath a mis dans son bois mort. Il devait les convaincre que parler à Faribath était nécessaire. Alors il a partagé ce qui pouvait les faire changer d’avis. Rappelle-toi ce qu’il a vécu, et combien cela a été difficile à supporter, même pour nous. C’est leur tour. Laisse-les faire leur deuil. Ils feront leur choix ensuite. Nous ne pouvons pas intervenir. Quel que soit le temps que cela prend, nous ne devons pas les interrompre. »

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