Le dernier Bakou – 102

Le dernier Bakou – 102

Il portait ce fardeau depuis si longtemps. Le poids de la solitude. Celui de la culpabilité. Deux ancres accrochées à ses racines. Deux chaînes qui lui rappelaient jour après jour qu’il avait failli. La pénitence qui était la sienne n’était qu’un juste retour des choses. Il ne méritait pas d’être heureux. Pas après ce qui était arrivé.

Pourtant Faribath avait parlé. À l’homme qui était venu. Un Laory. Le descendant de son ami Jarul qui avait porté avec lui le poids de la souffrance jusqu’à ce qu’elle devienne insoutenable. Jarul l’avait laissé seul avec ses remords, seul avec sa douleur, seul avec le souvenir de ce qui s’était passé. Faribath n’arrivait cependant pas à lui en vouloir. Il avait vu l’épouvante dans les yeux de son ami. Aujourd’hui, il avait compris. Raconter l’indicible l’avait aidé à accepter ce qu’il avait fui toutes ces années. Jarul et lui avaient leur part de responsabilité. Ils avaient fait confiance aux mauvaises personnes et laissé leurs amis tomber dans un traquenard. Mais ils n’étaient pas coupables. Ils n’avaient pas frappé. Ils n’avaient pas torturé. Ils n’avaient pas assassiné. À mesure que l’idée s’implantait, Faribath s’éveillait.

Il sentait les êtres autour de lui. Leur attention divisée. La colère du dieu qui avait parlé tout à l’heure, avec raison. La bienveillance rassurante de celui qu’il avait appelé Bob. Les questions de l’héritier Laory. Le désir d’avancer du premier dieu. Une envie de bouger. Voilà ce qui émergeait à nouveau.

Être coupé des autres avait été un arrachement. Un Balibab vit avec son peuple. Quelle que soit la distance qui le sépare des autres, la conscience universelle crée un lien intangible et continuellement présent. Pas un instant de répit au sein de cette grande famille. Au bourdonnement incessant avait succédé un silence assourdissant. Son être était inaudible. Sans les autres, il n’existait plus. Il n’était rien. Puis, peu à peu, presque sans en avoir conscience, il avait écouté l’extérieur. Il s’était nourri du bruit des oiseaux, de celui des insectes ou des mammifères. Il avait repéré le vacarme des humains, celui de leurs machines. Il avait découvert une vie différente. Aujourd’hui, d’autres êtres venaient le chercher. Il avait entendu leur appel. Était-il capable d’y répondre ? Saurait-il encore marcher et apprendre à son peuple à le faire ?

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