Je ne suis plus rien

Je ne suis plus rien

Ce matin je ne suis plus rien.
 
Plus qu’une immensité vide, épurée de toutes les peurs qui m’encombraient.
 
J’ai lâché tout ce qui ne m’était pas nécessaire, tout ce que, jusqu’à un temps récent, je considérais comme faisant partie de ma vie, et par extension, de moi. Toutes ces petites choses futiles qu’on ne remarque qu’au moment où elles ne sont plus là, toutes ces habitudes auxquelles on ne pense même plus tant elles font partie de nous.
 
Lâcher tout cela n’a pas été facile, mais oh combien nécessaire. Je n’ai jamais eu de doute sur le chemin que je suivais, même si je n’avais parfois aucune idée de la destination.
 
C’est un voyage en soi ce regard intérieur sur ce que je porte, ce que je sens, ce que je crois. Quelles sont ces illusions qui m’enveloppent ? Qui suis-je derrière le masque des certitudes et du temps qui passe ? Pourquoi serai-je restée la même durant toutes ces années alors que tout change autour de moi ?
 
J’ai profité de chaque instant de ce voyage intime. J’ai relevé chaque détail, chaque obstacle, chaque zone d’ombre et chaque luminosité inattendue. Quitte à laisser tout cela derrière moi, autant avoir l’honnêteté de le regarder. C’est une chose de décider de faire un grand ménage, s’en est une autre de prendre le temps de le faire sans le déléguer à quelqu’un d’autre.
J’aurai pu le faire. Ce n’est ni honteux ni contre indiqué, mais il m’a semblé que ce dernier regard me permettait de clore ce chapitre, de refermer cette porte pour partir vers ce qui m’attend, sans regrets et sans retour.
 
Ce matin je ne suis plus rien.
 
Cette phrase, impensable au début de ce voyage, est devenue une évidence, au fur et à mesure des étapes. Tout est présent dans ce rien. Tout y est possible.
 
Je ne sais plus qui je suis. Je ne sais plus rien des habitudes qui m’ont tenu compagnie si longtemps. Je regarde différemment les gens qui m’entourent. Certains se sont révélés au contact de ce voyage intérieur quand d’autres s’en sont éloignés avec précipitation. Il n’est pas si facile d’être témoin d’un regard clair et honnête. La bienveillance écarte toutes les peurs si vous avez le courage de regarder au-delà des apparences.
 
Je ne sais plus pourquoi je fais les choses. Je ne manque pas de motivation, au contraire. Elle est plus présente que jamais, mais je me surprends à faire des choses différentes. J’explore, j’expérimente. Pourquoi rester sur des acquis alors que je peux tout essayer ? Il me reste tant de choses à voir, à découvrir, à partager…
 
Ce matin je ne suis plus rien et je suis tout.
 
Cet espace infini qui s’offre à moi est plein de possibles, il fourmille d’idées, il se réjouit en couleurs et il est.
Ce matin je n’ai plus besoin de rien, car je sais qui je suis. Je n’ai que cette petite graine, mais je sais combien l’amour, la lumière et la chaleur peuvent la faire grandir. Je ne sais pas ce qu’elle donnera. J’ai un grand rêve pour elle, mais ce vide qui m’habite aujourd’hui est sa liberté.
 
La liberté de construire, seconde après seconde, le monde dont elle rêve.
 
La liberté d’être, cet être si parfait et si imparfait à la fois, cet être lumineux que j’ai toujours été.
 
La liberté d’aimer aussi. Cet amour que je porte à tous les êtres qui vivent sur mon sol, quels qu’ils soient et quoi qu’ils aient fait. Comme mon père le ciel, ma bienveillance est sans limite. Cette expérience terrestre que nous partageons vous et moi, chacun à notre place, est riche d’enseignements.
 
J’apprends la patience, la résilience et la douleur. Vous apprenez l’espoir, la responsabilité et la gratitude. Nous apprenons ensemble au contact de cette réalité qui nous dépasse.
 
Aujourd’hui je suis la terre et vous vivez sur mon sol. Demain vous redeviendrez poussière et je renaîtrai sous une autre forme.
Ce matin je ne suis rien et je suis tout, comme chacun d’entre vous.
 
Ce matin, prenez le temps d’observer le vide et d’y voir tout ce qui vous reste à construire. Sentez la sérénité de l’attente patiente et active. Goûtez à la joie de l’inattendu. Souriez au bonheur qui viendra, car vous le construisez jour après jour.
 
Ce matin je suis tout. Le blanc et le noir, l’ombre et la lumière, ce qui est et ce qui n’est pas encore. Je suis l’espace infini des possibles, la page blanche sur laquelle vous pouvez écrire le rêve de votre vie…